Vietnam, printemps 2026, #1

À notre retour d'un voyage au Vietnam, trois semaines à la charnière des mois de mars et d'avril, je me trouvai en possession de plusieurs gigas de photos ainsi que quelques notes prises sur le vif, si je puis dire. En toute commodité, après avoir fait paraître au jour le jour de minuscules stories Instagram, il était logique de partager certaines images par ici. De façon chronologique, peut-être, nous verrons. Mais avant cela il convient de donner une courte indication liminaire.

Ce voyage était prévu de longue date et nous avions quelques motivations d'ordre personnel. Ma compagne Francine est métisse et son père était Vietnamien, né à Can Tho et venu en France après les accords de Genève de 1954. Mort en Algérie en 1962 (peu avant les accords d'Evian, cette fois...) elle ne l'aura jamais vraiment connu. Une partie de la famille étant restée sur place, il ne s'agissait pas d'aller immédiatement à leur rencontre, ce n'est pas si simple après plus d'un demi siècle et il reste... du travail. L'idée était surtout, dans un premier temps, de faire connaissance avec le pays, où ni l'un ni l'autre n'étions jamais venus. Sans perdre l'espoir de revenir, peut-être, une autre fois.

Pour ce qui me concerne, la situation est différente. Mon père avait fait plusieurs séjours en Indochine en qualité de militaire au début des années cinquante. Dans mon enfance j'avais retenu des mots, des noms de lieux et des noms de personnes, qui avaient chacun un gout particulier. Je me souviens encore de l'odeur de ces prononciations, des syllabes qui avaient en bouche, curieusement, le même goût que ceux des mots de l'interdit. Je revois aussi des objets, à la maison ou chez des amis, rapportés du Cambodge ou du Vietnam. Certains, carapaces de tortues ou personnages austères tissés dans la soie sur fond noir, étaient franchement inquiétants aux yeux du petit garçon que j'étais. Plus tard, et c'est peut-être ce dont je me souviens le mieux par delà la routine des repas de famille, ce fut une masse considérable d'anecdotes rapportées à table, des historiettes jamais identiques racontées par mon père avec beaucoup de précision, avec tel ou tel personnage dans tel lieu et à telle heure, description du décor et du temps qu'il faisait. Ces anecdotes étaient comme un riche contrepoint à la banalité du discours ambiant. Il y eut aussi quelques photos, découvertes beaucoup plus tard et nous y reviendrons.

Pour toutes ces raisons il était temps d'aller découvrir les lieux. Par l'intermédiaire d'une connaissance chef de choeur à Paris, nous avons été mis en relation avec le directeur d'une agence de voyage basée à Hanoï (par commodité, j'utilise l'alphabet latin sans les diacritiques) qui lui-même nous a dirigés vers un guide, Xuân Dông. Celui-ci allait nous accompagner une grande partie du voyage, et d'emblée nous avons constaté son excellente maîtrise du français. Nous apprendrons assez rapidement que Dong, ancien militaire capitaine dans l'armée du Vietnam, avait choisi ce métier de guide salarié afin de se rapprocher de sa famille. Il est de fait guide dans la haute saison et, le reste du temps, mécanicien de deux-roues, en particulier le modèle quasi unique que possède presque chaque famille, un scooter Honda de 115 cm3. Dong a appris le francais dans les livres de Hugo et de Balzac. En réalité, son vocabulaire est plus étendu que celui du Français moyen (et même sans doute au-delà) et il emploie l'imparfait du subjonctif à l'oral. Une amie me disait avoir rencontré de tels personnages lors d'un voyage en Chine il y a de nombreuses années. Une maîtrise parfaite du français pratiquement sans échanges, simplement en écoutant les ondes courtes et en lisant des classiques. Nous sommes déjà dans le domaine de l'extra-ordinaire.

C'est beaucoup de mots pour un préambule. J'essaierai d'être bref au fur et à mesure des parutions. Nous sommes arrivés à l'aéroport d'Hanoï le mardi 25 mars (après un détour par le Plateau d'Avron !) et puis la chaleur (37°) nous a emportés. Vers un hôtel situé près du Lac de l'Épée restituée.

vers le Plateau d'Avron










Xuân Dông
Xuân Dông


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