Vietnam, printemps 2026, #11
Le dimanche, sur notre calendrier c'est Pâques. Tôt dans la matinée, nous stoppons sur la route près d'un cimetière où l'on a remarqué une forte affluence. Il se trouve qu'aujourd'hui 5 avril c'est le Têt Thanh Minh, ou Fête de la Pure Clarté, journée où l’on rend un hommage particulier aux ancêtres, en commençant par nettoyer leurs tombes.
C'est un travail d'importance où toute la famille participe, et dans la bonne humeur. On entend des rires, certains se restaurent déjà. Notre présence a l'air de faire plaisir à quelques uns qui nous demandent de faire des photos des tombes, afin que les morts voyagent. Un homme assez solide, dans la petite cinquantaine, vient nous offrir des oranges. Dong traduit : « ça fait plaisir de voir des étrangers (...) prenez, ici on partage tout (...) c'est ma femme qui vous les offre (...) ». L'homme, on l'a compris, est veuf. Et sa femme morte vient de nous offrir des oranges. Son fils, un peu plus loin, époustoufle des herbes aromatiques en tige à l'aide d'une tonitruante débroussailleuse.
Je me demanderai longtemps à qui je pourrai raconter cela, qui le croira. Peut-être à mes morts, peut-être à mon père. Et peut-être cela ne le surprendra pas.
A la cathédrale de Phat Diêm, un peu plus loin sur la route, l'ambiance n'est pas fondamentalement différente. Des catéchumènes s'gitent sur leur chaise tandis qu'un orateur crie sa joie, semble-t-il. Le micro est réglé à son maximum, heureusement l'édifice est ouvert sur chacun de ses côtés, comme une maison sur pilotis. Un car de séminaristes me demande de les prendre en photo devant une chapelle adjacente. Leur jeunesse excède la retenue liée à leur future fonction. Manifestement, ils frétillent de bonheur. Le couple que je photographie ensuite cache sa joie, mais ce n'est qu'une question d'âge, après tout.
Dans la soirée, le homestay de Tam Coc est d'un luxe inhabituel. Bar, piscine et plus si nécessaire. La ville est très animée, touristique, bruyante. Pourtant, à dix heures du soir tout est calme. La loi est paraît-il sévère sur ce point (comme sur beaucoup d'autres) et les tapages nocturnes, inexistants. Seuls les mariages peuvent profiter d'une dérogation. Une heure de plus, jusqu'à onze heures du soir, pétantes.
| (cette photo, et beaucoup d'autres au cimetière : Francine Bùi Thê) |
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RépondreSupprimerLa dernière photo - j'aurais passé assise là de longues heures, il me semble.
Aussi, en regardant ces photos prises par Francine au cimetière, je me mets à sa place, du moins j'essaie, et je me dis que ouf, quel moment ç’a dû être…
Ce fut un moment où, tous les deux je crois, on s’est rendu compte qu’on voyait la réalité à travers un filtre. Pendant un instant le filtre s’est brisé. Pas facile de raconter ça…
RépondreSupprimerle fait est que... et on parlerait des voyages depuis les tombes
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