Vietnam, printemps 2026, #13

Le train qui fait halte à Hué continue vers Ho Chi Minh Ville. Le voyage entier dure une trentaine d'heures, le temps qu'il faut pour accomplir 1736 kilomètres, très précisément. Nous n'en aurons fait que la moitié. Ici le quai de la gare, un quai unique, est divisé en espaces contigus où, qui vend des boissons, qui vend des fruits, etc. On trouve aussi des produits d'hygiène transportés tout du long par un couple de jeunes gens sur une voiture à bras rehaussée qui permet de les acheter depuis la fenêtre du train. Il suffirait de héler, sans doute. Une autre charrette propose de la presse quotidienne, des revues et ce qui m'a semblé être des mangas ; quelques objets en plastique aussi, dont la fonction m'échappe, des jouets peut-être, destinés aux enfants. La ville, en somme, connaît ici une excroissance à la mesure de ses étals de rue.

Nous faisons connaissance avec un nouveau guide qui nous accompagnera les quelques jours qui nous restent avant de revenir en France. L'hôtel où nous allons passer la nuit (une seule nuit, à Hué !) me semble démesurément luxueux au regard des intentions avec lesquelles nous sommes venu(e)s ici. On tape dans le dur du tourisme de masse, ou du tourisme de classe, je ne sais, violemment. Lorsque je m'ouvre de ce ressenti au guide, en choisissant mes mots pour ne pas le vexer (heureusement celui-ci parle un français impeccable, le même que celui de Dong c’est à dire un français presque littéraire, que d'aucuns diraient vieilli, ce qui nous évite d'utiliser notre anglais de comptoir) alors il répond sur le ton de l'humour, quelque chose comme Mais vous rendez-vous compte, à vôtre âge, nous n'allions pas vous laisser dormir par terre !

Le fait est que Hué est une ville large et mémorable, et nous n'aurons qu'un aperçu sobrissime de son histoire sans pareille. La Cité impériale s'effacerait presque dans un bord de rivière où les arbres sont rois. Des détais d'architectures balancent entre un baroque exubérant et l'arte povera ; par conséquent on pourrait y vivre à son aise dès l'instant. Certains murs ont la peau d'un arbre, et d'autres arbres ont pris la teinte du mur ; décidément, un ordre supérieur semble vouloir tirer les choses au clair. Je prends beaucoup moins de photos de ces lieux que le net a diffusés jusqu'à la nausée, mais qui semblent inspirer ad lib foule de jeunes gens prenant la pose avantageuse et calculée. Nous retrouverons les mêmes le soir dans un quartier particulièrement animé près du marché central.

Passé six heures du soir, quand la nuit tombe, les couleurs de la ville deviennent psychédéliques. Les ponts enjambant la rivière des Parfums vibrent sous un flot sanguin. Quelque part sur la rive droite un DJ anime la rue toute entière depuis son estrade au fond d'un bar encore vide, tandis que d'aguicheuses jeunes filles court vêtues sont déjà prêtes à faire venir le chaland. Une heure plus tard toutes les places assises (et debout, et au delà) sont occupées et une immense clameur monte dans un ciel plus sec que celui de Hanoï. Un ciel bleu nuit et rose foncé, imperturbablement.


































(à suivre...)



Commentaires

  1. il fallait bien un hôtel digne du raffinemet du temps où la ville était capitale !

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